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Il y a seulement quelques générations ? oui, je sais, les plus jeunes d?entre vous, appellent cette époque la préhistoire ? pour se rendre d?un point A à un point B, plusieurs choix s?offraient à vous. Le trajet pouvait s?effectuer à pied, à cheval, à dos de chameau ? si vous viviez plus au Sud ? ou éventuellement au fil de l?eau, poussé par le vent ou la sueur des rameurs. Ces moyens de transport, que nous jugeons aujourd?hui bien lent et franchement dépassés avaient un avantage indéniable, celui de découvrir le chemin parcouru.

Le voyage était une nourriture d?âme, une source d?émerveillement, de découverte, d?apprentissage, avec, il faut le dire, ses frayeurs et ses dangers. Mais eux aussi devenaient l?assaisonnement d?un puissant sentiment de vivre.


Aujourd?hui, nous nous engouffrons dans une voiture, piétinons casque sur les oreilles dans une gare ou un aéroport, somnolons trop blasés pour jeter un coup d??il par les vitres ou les hublots et débarquons à l?autre bout du monde pour un marathon d?activités que nous aurions pour la plupart pu pratiquer chez nous, avant de rentrer épuisés, enrichis seulement de quelques mauvais clichés truqués que nous publierons aux quatre coins de la planète en comptabilisant d?un regard anxieux les coups de pouce jaunes ou bleu.

Nous avons oublié la superbe réponse de mon cher Petit Prince au marchand de pastilles contre la soif: «Moi, si j?avais 53 minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine?»


Le temps est notre trésor le plus précieux, mais il n?a plus aucune valeur si nous n?en faisons rien, si nous le subissons, esclaves enchainés par des emplois du temps que nous avons nous-mêmes forgés et qui nous privent de la joie de profiter des secondes qui s?égrènent lentement. Nous avons oublié que la beauté du voyage ne réside pas uniquement dans le fait d?arriver, mais dans la richesse du parcours, du chemin parcouru lentement?

Il toujours temps de mettre les deux pieds sur le frein, de sauter du TGV, et de faire le choix de vivre cette année à pied. Redécouvrir les cailloux sous les semelles, les pissenlits et les coquelicots du bord du chemin, la course des nuages, le parfum des arbres en fleur?

Et prendre aussi le temps de la rencontre, des rencontres.


Rencontres des autres, qui peuvent être plus que des silhouettes impersonnelles déshumanisées par la vitesse. Rencontre avec soi-même, avec l?enfant solitaire au fond de nous, auquel nous accordons si peu d?attention.

Et, par-dessus tout, pour lier et donner encore plus de sens à tous ces rendez-vous, prendre le temps de la rencontre avec celui qui seul peut nous satisfaire à l?intérieur, Celui qui peut, rencontre après rencontre, changer le gouffre de solitude en source qui déborde d?une eau qui étanche réellement la soif.


Philip


Philip Ribe: www.philip-ribe.com